Lycée Condorcet de Lens

Histoire des arts et Patrimoines Terminales

LE CORBUSIER : la maison - « machine à habiter »

 

LA CITE RADIEUSE, Unité d’habitation de Marseille (1945-52)

De Thomas More, en passant par les architectures visionnaires des Lumières, des phalanstères aux familistères du XIX e s. et les cités-jardins, la ville-modèle, parfaitement adaptée aux besoins humains a longtemps fait parte des revendications des architectes, urbanistes et intellectuels.

Mais la crise du logement de l’entre-deux-guerres appelle des solutions modernes, rapides efficaces, pour ne pas dire révolutionnaires. Dans les années 20 à Paris, Henri Sauvage dessine des immeubles à gradins, HBM-pyramides modernes dont peu verront finalement le jour.

A la même époque, Le Corbusier définit sa conception de l’art et de l’architecture à travers le purisme : « seules les formes pures et simples sont source des sensations premières ». L’organisation et la rigueur participeraient-elles donc au bonheur de l’individu ? « Là où naît l’ordre , naît le bien-être » dira-t-il. Était-il visionnaire et sectaire, qui impose à l’homme d’habiter dans un logement aussi contraignant que luxueux, ou humaniste, soucieux d’un mieux vivre que seule l’architecture à la portée de tous peut satisfaire ? Le Corbusier participe activement au Mouvement Moderne et aux congres du CIAM. Dès 1910, il est fasciné par le monde machiniste et l’industrie, avec son modèle d’organisation, sa logique et ses objets parfaitement fonctionnels, décriés des années plus tard dans « Les temps modernes ».

La machine, le navire, l’aéroplane et surtout l’automobile- érigée au rang du modèle et du mythe, séduisent autant que l’industrie et ses bienfaits. Ainsi, l’architecture des années 20 rappelle, par sa blancheur hygiénique, hublots, haubans et formes cubiques, ou aérodynamiques, ces bâtiments côtiers où l’on sent le vent et la vitesse. Ce n’est pas par hasard, que ce qu’on appelle le Style International, porte ailleurs le nom de « streamline moderne » « jazz » « zig-zag », ou encore de l’« architecture- paquebot, ou gratte-ciel »

Ainsi, est-il nécessaire de repenser l’espace domestique. Quelle forme donner à la maison pour qu’elle puisse satisfaire aux besoins de la vie moderne, promise par l’utopie technologique, où le travail est facilité et où l’automobile est à la portée de tous ?

Le Corbusier va appliquer les principes de la machine à l’architecture. Ainsi, la maison sera « une machine à habiter » au même titre que « la chaise- une machine à s’asseoir et le lavabo-une machine à laver ». Et ceci ne relève pas de l’utopie, car « l’ utopie n’est jamais rien d’autre que la réalité de demain  ». Il le prouve dans ses nombreuses réalisations. Le système DOM-INO (1914), préfabriquée en série à l’usine, standardisé, sera décliné sous des formes diverses : dans l’habitat individuel (villas manifestes -La Roche, Savoye ou collectif (immeuble-villa, lotissement Frugès à Pessac, Cité Radieuse de Marseille). La villa Citrohan (Citroën, référence oblige) construite pour la cité-modèle Weissenhof de Stuttgart en 1927 décline déjà les 5 fameux points de l’architecture nouvelle :
- pilotis
- le plan libre
- la façade libre
- le toit terrasse
- la fenêtre en bandeau

liant les principes essentiels, qui pour Le Corbusier conditionnent l’architecture - la mise en ordre, à savoir : l’Espace, le Soleil et la Verdure.

Après la IIe guerre mondiale, pour lutter contre la crise du logement, l’État lance un programme de construction d’immeubles collectifs.

Avec la Cité Radieuse de Marseille (1945-52), Le Corbusier concrétise ses idées en matière de l’habitat social qui doit alléger la vie des hommes. Il construit un immeuble de 17 étages, sur 36 pilotis en double rangée, comportant 330 logements verticaux, sur le principe du « casier à bouteilles ». Observant les lois de la nature (coquillages, végétaux, spirale de Fibonacci), il compare le foyer à une coquille, recherchant dans cet exemple de structure organique, une harmonie et un équilibre biologique. Ainsi, propose-t-il des innovations :
- en matière de l’urbanisme : il abandonne la rue-corridor, la cour intérieure et propose la ville en dehors de toute référence à la rue et à l’ilot. Dans la Charte d’Athènes, il souligne l’importance du soleil et de la verdure pour tous.
- D’ordre conceptuel : en proposant un nouveau type de cellule sur 2 niveaux, avec terrasse-loggia et cuisine communicante, avec le séjour à double hauteur (projet de l’immeuble-villa de 1925 – Paris - Exposition des arts décoratifs et Industriels, Pavillon de l’Esprit Nouveau). De plus, chaque appartement bénéficie d’une double orientation est-ouest.
- d’ordre social : il invite à une nouvelle forme de socialisation des habitants à travers les équipements collectifs : la rue intérieure et ses locaux commerciaux, les toits-terrasses et ses équipements pour une école maternelle, ainsi qu’un gymnase, une piste de course à pied, des collines artificielles, un petit théâtre à gradins etc.
- Innovations techniques et des solutions de confort : très haut niveau d’isolation acoustique, cuisines équipées (cf. cuisine de Francfort de Margaretha Schütte-Lihotzky ) dotées d’ aération active, broyage de déchets, armoires réfrigérantes, casiers de rangement, cuisinières électriques etc.., les proportions calculées grâce aux ressources du Modulor.
- Innovations plastiques et architecturales : utilisation du béton brut de décoffrage, (le béton bouchardé pour les pilotis). La polychromie audacieuse qui définit les espaces remplace le Ripolin blanc et hygiénique (« Quand les cathédrales étaient blanches ») que le Corbusier préconisait pour « faire propre chez soi » . La terrasse avec ses cheminées de ventilation et des collines artificielles est une symphonie de courbes quasi baroques. Il s’agit d’un projet-type que le Corbusier multipliera dans des endroits différents : à Nantes, Saint-Étienne, Metz et Berlin.

Projet noble, mais très polémique. « La Maison du Fada », continue à déchainer les passions : la cellule à habiter dans un grand ensemble, ou une cité-dortoir, balayé par le vent, loin des attraits de la ville, au détriment du petit pavillon individuel, la vie collective dans un espace ouvert, alors que l’on aspire à une tranquillité dans une pièce isolée, bonheur standardisé au prix de la liberté, loisirs imposés et sur mesure, la joie et la propreté obligatoires…

Les dérives possibles, les scénarios-catastrophes, ou dystopies dans « Le meilleur des mondes » de Huxley, « le Soleil vert  », les dangers de la Slave City vus par l’Atelier Van Lieshout, ou les plug-in cities d’ Alain Bublex… ?

- Vous trouverez ici quelques références iconographiques du cours Ici, l’intitulé de votre DS

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DS Ter novembre 2010

- Pour aller plus loin conférence sur la Cité de l’Architecture et du Patrimoine sur
- « Réalismes et expérimentations : tendances et hésitations de l’architecture moderne de l’entre-deux guerres »
- « De la reconstruction aux grands ensembles, triomphe et déviation des principes de l’architecture et de l’urbanisme moderne »

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Image 11 sur 11 – plan Voisin non réalisé, Alain Bublex plug-in city

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